PRIX « LUCE PER LA DIDATTICA » – CONCOURS « FILMARE LA STORIA »
Turin, 21 mai 2026
Le 21 mai dernier, le concours international « Filmare la Storia », organisé par les Archives Nationales Cinématographiques de la Résistance de Turin depuis maintenant 23 éditions, a mis à l’honneur deux étudiants italianistes en khâgne B/L de l’Institution Les Chartreux, en leur remettant le prix « Luce per la didattica » pour le projet La terra senza memoria. Cette distinction récompense le meilleur scénario rédigé à partir de la documentation de l’Archivio Luce (l’équivalent italien de l’INA) et faisant référence à des thématiques contemporaines : ici, la Résistance italienne et la question de la conservation des archives filmiques et familiales.
Ayant réalisé cet atelier en marge de la préparation des concours d’entrée à l’ENS, les étudiants ont tout d’abord étudié pendant l’été dernier les Lettere dei condannati a morte della Resistenza publiées chez Einaudi. La sérénité des résistants condamnés à mort, malgré le contexte terrible et inexorable dans lequel leurs mots ont été rédigés ou parfois griffonnés en cachette, leur a apparu comme une exaltation de la vie, de l’altruisme et de la liberté, opposée à la logique mortuaire et involutive des nazi-fascistes. Parmi les cent douze lettres du volume, outre le jeune âge des nombreux partigiani sacrifiés, ils ont été frappés par la présence de seulement trois lettres écrites par des femmes, dont une, Paola Garelli, ne demandant qu’une seule chose à son enfant, la veille de sa mort : « Étudie ! ».
De fait, ils se sont intéressés de près à la figure féminine dans la Résistance, découvrant ainsi d’autres destins tout aussi déchirants qu’exceptionnels. Parmi eux, celui de Cleonice Tomassetti, arrêtée avant même d’avoir pu rejoindre un groupe de résistants, cherchant à sauver les jeunes hommes qui l’accompagnaient, torturée puis fusillée en encourageant les autres martyrs à rester digne devant la mort, avec une formule admirable que lui prête un survivant du massacre de Fondotoce : « Si, en me frappant, vous voulez mortifier mon corps, c’est inutile ; il est déjà anéanti. Si, au contraire, vous voulez tuer mon esprit, je vous le dis, vos efforts sont vains, vous ne le dompterez jamais. »
L’histoire soumise par Baptiste et Ezio à ce concours a été conçue comme un collage de divers témoignages authentiques, de divers destins découpés dans les pages sombres de l’Histoire. Ce projet cherche aussi à montrer que ce qui est valable pour une destinée commune l’est également dans un contexte plus intime. L’une des causes de nos amnésies contemporaines provient d’un phénomène observable au sein de nos familles : la perte des souvenirs de nos ancêtres, la mauvaise conservation (voire la destruction) des archives familiales, alors que, paradoxalement, nous confions avec nonchalance nos (très nombreux) souvenirs enregistrés sur téléphones portables à un cloud qui nous semble, à tort, fiable et éternel. C’est ainsi que les erreurs du passé peuvent revenir, à l’instar du boomerang qui ouvre notre scénario et finit sa course sur « une terre sans mémoire ».
Nous espérons en outre que la distinction remise permettra de faire connaître en France le concours international « Filmare la Storia » de Turin, mêlant productions professionnelles et scolaires, afin que d’autres collègues puissent éventuellement y participer lors des futures éditions.
Sitographie :
https://ancr.to.it/filmare-la-storia-bando/ (appel à projets du concours)
https://luceperladidattica.com/ (archives Luce du concours)
https://www.ultimelettere.it/ (lettres des condamnés à mort de la Résistance italienne)
https://www.enciclopediadelledonne.it/edd.nsf/biografie/cleonice-tomassetti (biographie de
Cleonice Tomassetti)
https://www.anpi.it/biografia/paola-garelli (biographie de Paola Garelli)